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Guerre en Iran : l’ampleur des dégâts

  • Photo du rédacteur: Eric Behaghel
    Eric Behaghel
  • 8 avr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 heures


Depuis plus d’un mois, les marchés évoluent au rythme d’un conflit dont l’issue reste incertaine, mais dont les effets se diffusent progressivement dans l’ensemble de l’économie mondiale. Ce qui pouvait initialement apparaître comme un choc ponctuel tend à s’installer comme un facteur structurant, influant durablement sur les prix de l’énergie et de certaines matières premières critiques – engrais, l’hélium ou encore l’acide sulfurique – ainsi que sur les chaînes d’approvisionnement et les anticipations macroéconomiques.


Eric Behaghel - Senior Advisor



Les marchés financiers sous pression


Dans ce contexte, les actifs risqués sont sous pression. L’indice MSCI World en euros, qui représente l’évolution des actions mondiales retranscrits en euros, a reculé de 4,05% en mars (c’est à dire depuis le début du conflit), effaçant la hausse des deux premiers mois de l’année pour afficher un repli de 1,71% depuis le 1er janvier. Sans surprise, le secteur de l’énergie est le seul à afficher une performance positive depuis le début du conflit. À l’inverse, des secteurs sensibles à la conjoncture, comme l’immobilier, l’industrie et la consommation discrétionnaire, enregistrent des baisses marquées.


Les marchés obligataires ont évolué dans le même sens, affichant des performances comprises entre 0 et -1,5% selon les indices depuis le début de l’année. Le dollar et le franc suisse, perçus comme des « valeurs refuge », se sont appréciés de 2,01% et 0,99% depuis le début de l’année. L’or, autre valeur refuge, après un début d’année tonitruant (hausse de plus de 23% au 1er mars), a subi une correction surprenante et se retrouve en hausse de 9% depuis le 1er janvier.






Les leçons de l’histoire


Après un mois de conflit, que peut-on dire de ses conséquences économiques pour le reste de l’année 2026 ? Un regard sur l’histoire des chocs pétroliers invite à la prudence : l’idée que chaque crise serait comparable à la précédente s’est régulièrement révélée trompeuse, voire coûteuse.

  • L’embargo de 1973 a vu le prix du pétrole passer de 3 $ à 12 $, entraînant une montée du chômage aux États-Unis de 4,6% à 9%. La Fed a relevé ses taux de 5,75% (1972) à 12% (1974) sans parvenir à contenir l’inflation.

  • Lors du choc de 1979, la révolution iranienne, puis la guerre Iran-Irak, au cours desquels le prix du pétrole a doublé pour passer à 40$, a entraîné une désorganisation prolongée de l’offre et une nouvelle récession mondiale qui finira par pousser Paul Volcker, le président de la Fed, à monter les taux à 20% (!).

  • À l’inverse, la guerre du Golfe de 1990, bien que marquée par une hausse brutale des prix du

pétrole (75%), n’a généré qu’un choc relativement court, rapidement résorbé une fois la

production rétablie. Cet épisode démontre à quel point la durée du conflit est déterminante pour

les conséquences économiques qu’il entraîne.

  • Plus récemment, la guerre en Irak de 2003 a produit un impact limité sur les marchés, contribuant

à ancrer un certain sentiment de résilience…

  • Jusqu’à ce que la flambée des prix de 2007-2008, combinée à une crise financière systémique,

rappelle brutalement que le pétrole peut amplifier des fragilités préexistantes.

  • Enfin, le choc énergétique lié au conflit russo-ukrainien en 2022 a montré qu’un choc important peut être absorbé sans récession formelle. L’inflation avait fortement augmenté, mais le contexte économique (post-Covid) était bien différent de celui d’aujourd’hui. On se souvient néanmoins que le S&P 500 avait baissé de plus de 19%.


Cette étude historique fait ressortir 5 facteurs déterminantes pour évaluer les conséquences économiques d’un tel conflit :

  • Sa durée

  • La dynamique de l’inflation avant le choc

  • La politique monétaire face à la hausse de l’inflation

  • L’intensité énergétique de l’économie (quantité de pétrole nécessaire par unité de PIB)

  • La balance commerciale énergétique du pays


A l’aune de ces critères, les conséquences du conflit actuel pourraient être plus limitées que par le passé: le parti républicain au pouvoir aux Etats-Unis a tout intérêt à faire en sorte que ce conflit soit court, l’intensité énergétique de l’économie a baissé de près de 70% depuis 1973, des réserves de pétrole existent, les Etats-Unis sont exportateurs nets d’hydrocarbure, et les anticipations d’inflation sont bien ancrées.

C’est ce que les marchés semblent anticiper : les flux vers les actions demeurent globalement positifs, signe qu’aucun repositionnement massif des investisseurs n’a eu lieu à ce stade.


L’économie évitera-t ’elle une récession ?


Le consensus de début 2026 tablait sur une croissance mondiale de 3,1% et une inflation en légère baisse à 2,8%. La guerre en Iran a conduit l’OCDE à réviser ces prévisions à 2,8 % de croissance et 4,0% d’inflation.



De fait les premiers signaux indiquent une dégradation progressive mais encore hétérogène.

Ce ralentissement intervient à un moment où l’économie américaine présente plusieurs vulnérabilités :

  • Des valorisations élevées sur les marchés actions : les entreprises se paient en moyenne 20,7 fois

leurs bénéfices, un niveau élevé par rapport à la moyenne historique.

  • Des interrogations persistantes sur le marché de la dette privée aux États-Unis.

  • Un risque d’effet richesse négatif : les actions représentant une part significative du patrimoine

des ménages américains, une baisse des marchés financiers affecterait directement leur

comportement de consommation.

  • Les montants de dettes sont tels que les marchés financiers pourraient ne plus avoir la capacité de

les financer.

  • Le retour de l’inflation complique la situation des banques centrales : pourront -elles baisser les

taux d’intérêt afin de stimuler l’économie ? ou en seront-elles empêchées par la hausse de

l’inflation ?

  • Le marché ne s’attend plus à aucune baisse de taux cette année en Europe ou aux Etats Unis (voir

graphique ci-dessous). Ces anticipations sont sans doute un peu extrêmes : il est probable que les

banques centrales devront « lâcher du lest » en baissant leurs taux pour entretenir la croissance.




Conclusion


Ces facteurs de déséquilibre sont importants à garder en tête mais ils sont connus et, dans une certaine mesure, anticipés. Et au stade où nous en sommes du conflit en Iran, notre scénario central reste que la croissance économique sera affaiblie mais qu’elle devrait résister.


Ce scénario est fondé sur l'hypothèse que des solutions seront trouvées plus rapidement que prévu pour fournir aux acteurs économiques l'énergie dont ils ont besoin. Les pays producteurs d’hydrocarbures, notamment l’Arabie saoudite et les Émirats du Golfe, s’emploient déjà à développer des routes alternatives pour acheminer leurs ressources. L’histoire montre d’ailleurs que le génie humain sait souvent s’adapter rapidement lorsque les enjeux sont majeurs.


Ce scénario central s’appuie également sur plusieurs hypothèses-clés :

  • le conflit ne s’inscrira pas dans la durée ;

  • les banques centrales parviendront à maîtriser l’inflation sans compromettre la croissance

économique ;

  • les entreprises continueront d’améliorer leur rentabilité.


Dans ce contexte, les marchés financiers pourraient reprendre leur trajectoire haussière.


Le Gouffre (1861) - Paul Huet

Cette toile illustre parfaitement la fascination du peintre pour les forces déchaînées de la nature. Habitué à représenter des vagues gigantesques ou des ciels d’orage tourmentés, Huet donne ici à voir une terre qui s’ouvre brutalement, dans un paysage presque diluvien. Les éléments se déchaînent, les vents hurlent, les chevaux se cabrent sous l’effet de la peur, tandis que le cavalier, vêtu d’un costume d’un autre temps, contemple avec effroi les profondeurs insondables du gouffre.


À l’image de cette scène, nous avons, dans cette lettre de conjoncture, cherché à sonder le « gouffre » que représente la guerre en général, et celle en Iran en particulier en nous concentrant sur ses implications économiques.


Cet exercice nous a conduits à examiner à la fois les risques conjoncturels et les menaces plus structurelles liées à ce conflit. Il en ressort que, malgré les apparences et les craintes initiales, ce gouffre pourrait ne pas être aussi profond qu’on le redoutait.





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