SANS RENVERSEMENT DE PERSPECTIVES, LE PIRE EST DEVANT NOUS

Archiduc Imre de Habsbourg. L’article est paru dans Valeurs Actuelles, édition du 21 mai 2020

L’Europe n’en est pas à sa première crise, et pourtant, va-t-on cette fois-ci encore repartir comme si de rien n’était, sans accepter de changer notre regard sur nos modes de vie, notre système, et même sur la vision que nous avons de la personne humaine ? Peut-être est-ce le moment de se laisser bousculer, car si une crise révèle toujours la vulnérabilité et la petitesse de l’homme, elle fait aussi appel à son extraordinaire créativité et bon sens pour en sortir meilleur.
Avec le confinement, la famille est devenue le lieu naturel pour se retrouver, s’entraider, continuer l’éducation scolaire, se recueillir… Trop souvent délaissée, méprisée par nos politiques, elle est plus que jamais la « cellule vitale » de nos sociétés. La souffrance et l’isolement de nos aînés le prouvent. A tous les niveaux, elle doit être protégée et respectée pour la stabilité et l’épanouissement de nos pays.
Si le monde globalisé nous montre ses failles, le moment est venu de redécouvrir le sens de la subsidiarité dans nos modes d’organisations structurelles. Au-delà de la famille, il y a le voisinage, le quartier, le village, la région… L’émergence de solidarités de proximité avec une production et consommation locales semble être le juste chemin pour vivre cette « écologie intégrale » qui prend soin de la nature et de l’homme.
Spéculation, opacité, maximisation du profit… La finance n’a pas bonne presse. Si son rôle reste fondamental, c’est parce qu’elle doit être au service de l’économie réelle avec la tâche de gérer le lien entre l’épargne et l’investissement. Or la tendance est trop souvent autre : la pression de la finance sur les sociétés pour obtenir des résultats toujours meilleurs fait des ravages sur les employés avec des conséquences sociales dévastatrices.
Si des régulations sont nécessaires, il s’agit surtout de faire appel au discernement des investisseurs pour envoyer des signaux clairs. Investir son épargne en bourse reste un moyen de soutenir l’économie, mais encore faut-il lui donner un sens. Les fonds éthiques, s’ils fournissent un vrai travail de sélection de sociétés, sans se contenter d’une coloration marketing ISR/ESG, sont un bon moyen d’orienter l’économie. L’investissement dans des sociétés non-cotées, décorrélée des marchés financiers, en est un autre. Là encore, un discernement s’impose, car les abus existent, mais la rentabilité au juste prix et un réel impact social sont dès lors atteignables.
Au-delà des défis financiers et budgétaires, l’Europe fait face à une nouvelle crise identitaire, et celle-ci peut être fatale. Elle peine à rassurer, unir les peuples, gérer les défis transnationaux et proposer un chemin d’avenir. Le repli nationaliste n’est pourtant pas une solution, car il fonde son identité contre un danger, un ennemi, nous rappelant les périodes les plus sombres de notre histoire. A l’inverse, une Europe fédérale, avec un pouvoir centralisé à Bruxelles, ne respectera pas non plus l’aspiration profonde et légitime des peuples à pouvoir se déterminer et faire prévaloir leurs préférences politiques, économiques, sociales, mais aussi culturelles.
C’est en redistribuant les compétences à la lumière du principe de subsidiarité, en assumant l’héritage culturel et spirituel commun, et en se raccrochant aux racines chrétiennes que les peuples d’Europe pourront s’épanouir dans un patriotisme sain et une solidarité indispensable pour surmonter les crises.
Voici donc le temps du discernement. La crise a donné un coup d’arrêt à cette course effrénée. L’Homme essoufflé est alors appelé à se repositionner quant à sa vocation. Son passage sur la terre, quel but a-t-il si ce n’est de se préparer à la vie d’après ? Oui, le tréfond de notre être aspire à la Paix…Faudra-t-il un deuxième coup de tonnerre dans le ciel de nos excès pour que l’esprit de sagesse s’empare enfin de nous ?

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LE TEMPS EST VENU…
Par Guillaume d’Alançon

A l’heure où nous écrivons ces lignes le temps s’est emballé, le temps économique, le temps des marchés financiers. Pour d’autres, il s’est arrêté… Nous pensons aux milliers de personnes qui ont été ou qui sont encore malades du Covid 19, mais aussi d’autres pathologies, et qui ont le sentiment d’être oubliées… Enfin, notre prière rejoint ceux qui meurent seuls et n’ont pu connaître la consolation d’un accompagnement, d’un pardon reçu ou donné.
Nous ne sommes pas vraiment étonnés que cette crise arrive, elle était annoncée depuis longtemps et tous nous la pressentions. Comme le grand calme avant la tempête, la sérénité des marchés pendant l’année 2019 nous transportait dans un monde quasi irréel. Mais la grande faucheuse est venue d’un coup de la lointaine Asie, comme les Huns, brûlant tout sur son passage. Invisible, le virus a frappé jusqu’à Rome. En une veillée que l’histoire retiendra sans doute, le Souverain Pontife a fait face, seul, sur la place Saint Pierre, comme Léon le Grand son lointain prédécesseur s’avançant devant Attila.
En cette heure économiquement lourde, nous faisons nôtres les propos de l’économiste Pierre-Yves Gomez : « La pandémie nous donne l’opportunité de réguler une machine économique spéculative devenue folle qui fragilisait les ressources humaines et environnementales, mais aussi les ressources de sens, en faisant de la course et de l’agitation, un mode de vie épuisant. »
En ce printemps qui voit éclore et renaître la vie, nous espérons un changement d’ère. Avec Pierre de Lauzun, ancien délégué général de l’association française des marchés financiers, nous pensons que « le changement suppose de démonter les dichotomies simplistes et de regarder les points qui font mal. » La crise que nous vivons éclaire d’une lumière nouvelle les terribles conséquences du mondialisme et son « culte des flux tendus et des délocalisations » (Lauzun), sans oublier l’hyper production chinoise.
Le mérite de cette période est de nous faire retrouver les réflexes de solidarité élémentaires. Certes, nous ne saluons nos voisins que du bout des lèvres, et notre sourire, hélas, reste confiné derrière le masque antivirus… Pourtant, le cœur y est davantage. Aussi sans doute le temps est-il venu de tirer des premières conclusions.
· La pandémie de la spéculation qui croît depuis les années 60 a vu s’en développer une autre à son ombre, le consumérisme, qui marche la main dans la main avec un endettement incontrôlé. Il ne s’agit pas de rejeter tout ce qui s’est fait avant et de vouloir faire la « révolution », mais de prendre appui sur les fondements solides par une approche réaliste et pragmatique en « démondialisant »… pour notamment retrouver le sens du principe de subsidiarité.
· La question de la relocalisation de la production est un point crucial ; la coopération au sein de l’Union Européenne est mise à mal par les réflexes de protection des nations. Cette crise a et aura de lourdes conséquences sur l’économie réelle. Des filières porteuses de croissance à court et moyen terme apparaissent progressivement : l’agro-alimentaire, la forêt…
· L’optimisation à flux tendus de la chaine de valeur et d’approvisionnement fragilise considérablement la solidité d’une entreprise. Cela est souvent dû à l’optimisation et la recherche de rendement à court-terme et à tout-prix.
· L’endettement conséquent des Etats souverains… De plus en plus de voix se font entendre pour engager un moratoire visant à réduire ou supprimer la dette des pays pauvres. Affaire à suivre.
Enfin, le temps est assez grave pour que nous ne perdions pas notre temps en de vaines considérations catastrophistes, il convient d’agir efficacement et dans un esprit de raison, sans oublier que le temps est un allié et non un ennemi, quand il est bien utilisé.
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ET…

Interview de l’Archiduc Christian de Habsbourg-Lorraine paru sur : https://baskulture.com/article/archiduc-christian-de-habsbourg-lorraine-un-habitu-du-pays-basque-3033 
N’hésitez pas à soutenir l’achat de masques en Afrique (nous pouvons vous accompagner dans ce processus) : https://www.credofunding.fr/fr/reseau-vie-afrique-covid-19

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